Carte particulière de Tours par R. Siette 1619

Cette carte déposée à la Bibliothèque Nationale est un document admirable.

"Le plus ancien document planimétrique fiable de la plaine alluviale de la Loire à Tours est la “Carte particulière de Tours” dessinée par Siette en 1619. René Siette est un ingénieur militaire du roi qui a réalisé cette carte en raison du projet de construction de la nouvelle enceinte de Tours au début du XVIIe : cela permet au souverain d’avoir un aperçu des aménagements envisagés. Comme le rappelle D. Dubant, il s’agit d’un plan perspectif à mi chemin entre la vue cavalière et la représentation planimétrique (DUBANT, 1993 t. 1 p. 68). Autant les bâtiments, les arbres, les ponts mais aussi les côteaux sont figurés en projection oblique, autant les cours d’eau, les cultures, les chemins et les enceintes urbaines de Tours sont représentés en projection verticale. La précision de la représentation s’explique par la nature militaire du projet : un ingénieur de ce type est sensible à la configuration du sol puisque cela influe directement sur l’art de la guerre. D’où la très grande qualité de représentation de ce document. De plus, on peut ajouter que le carroyage, qui a servi au dessin, et qui constitue un indice de fiabilité de la représentation est encore nettement visible sur la carte elle-même. Enfin, la qualité de ce document se mesure aussi à la présence d’une échelle, figurée en bas à droite de la carte : elle est en thoises - unité de mesure classique pour l’époque moderne...

La carte de Siette montre très clairement la dissymétrie de la plaine alluviale de la Loire à Tours (fig. 1). Si la Loire longe de très près le coteau nord, en revanche au sud se développe une vaste plaine d’inondation atteignant 4 kilomètres. C’est dans cette zone déprimée et humide, appelée les Varennes, que la Loire communique avec son affluent le Cher, qui coule de manière parallèle à la Loire d’est en ouest. Cette liaison s’effectue par le biais d’une liaison transversale, le ruau Sainte Anne, dont l’orientation nord-sud est étonnante du point de vue géomorphologique. Aujourd’hui, l’hypothèse de la présence d’une faille semble moins pertinente que celle d’un chenal de défluviation de la Loire vers le Cher, dont le cours aurait été plus ou moins aménagé. Ce document est conservé à la BNF, cote Ge DD 2937 (1192). Une copie de cet exemplaire se trouve au fond ancien de la Bibliothèque municipale de Tours (cote CPa 208). Pour cela nous avons utilisé l’équivalence fournie par (MACHABEY, 1962, tome 1, p. 37) : une toise du Châtelet antérieure à 1667 équivaut à 1,9595 mètres. Noizet, Hélène ; Carcaud, Nathalie ; Garcin, Manuel, « Rive droite rive gauche : la Loire et Tours (XIIe- XVe siècles) », dans Fleuves et marais, une histoire au croisement de la nature et de la culture. Sociétés préindustrielles et milieux fluviaux, lacustres et palustres : pratiques sociales et hydrosystèmes (actes du colloque d'Aix-en-Provence tenu en avril 2002), édité par Joëlle Burnouf et Philippe Leveau, coll. Archéologie et histoire de l'art, vol. 19, p. 137-55, Paris, CTHS, 2004. On peut supposer que, si seule la Loire est en crue, le courant circule du nord vers le sud, de la Loire vers le Cher. Au contraire, si seul le Cher est en crue, le courant pourrait s’inverser du sud vers le nord, c’est-à-dire du Cher vers la Loire. Si les débits liquides des deux cours d’eaux augmentent, le sens de circulation du courant dépend des hauteurs d’eau relatives. Mais ces remarques ne sont que des suggestions qu’il conviendrait d’approfondir. Sont également figurés au sud de l’actuel Cher, le Vieux Cher, un ancien chenal du Cher, ainsi qu’un petit chenal appelé le ruau de l’archevêque, orienté d’est en ouest, entre la Loire et le Cher, et qui aboutit au ruau Sainte Anne. La Loire est fixée à proximité de son tracé actuel depuis le Tardiglaciaire. Pour le Cher, nous émettons l’hypothèse que le Cher est fixé dès la fin du Tardiglaciaire, ou au plus tard au début de l’Holocène (CARCAUD et al)"

(Hélène Noizet : ATER à l’université de Tours, Laboratoire Archéologie et territoires (UMR 6173) « Rive droite rive gauche : la Loire et Tours (XIIe-XVe siècles) »)

-----------------------------------------------------------------------

On voit à l'ouest le château royal du Plessis dans l'enceinte duquel se trouve le couvent des Minimes, avec au sud un pont sur le Cher.

La Varenne de Tours est encadrée par le ruisseau Sainte Anne à l'ouest, les remparts du 17e siècle au nord, la levée de Saint Avertin à l'est et le Cher au sud.

L'Abbaye Sainte Marie de Beaumont lès Tours occupe le territoire de l'actuel Quartier Beaumont (ancienne école du Train), la paroisse de Saint Sauveur est bâtie le long de la levée médiévale de Tours à Joué.

A l'est, on distingue le château de Rochepinard, le lieu dit "Le Beau Jardin" et la Fuye (le pigeonnier) qui ont laissé leurs noms dans le plan de Tours.

Enfin, la varenne est constituée de terres cultivées avec au sud et au nord des prairies marécageuses le long du Cher et du Ruissseau de l'Archevêque.


 

Atelier d'Histoire de Tours,cartographie : Christian Theureau, Tours 1986

Extention de l'espace enclos (120 hectares) par la construction d'une nouvelle enceinte (1591- début du XVIIe siècle)

Une occupation partielle de ce nouvel espace : nombreux enclos de couvents de la contre-réforme.